đŸ•Żïž CHAPITRE 8 — Le Sablier noir

8 octobre 2025

Jour 4 – 4 octobre (nuit) — Ce qui s’écoule n’est pas que du sable.

Une voix, glacĂ©e, chuchota dans l’obscuritĂ© :

— Maya


Elle ouvrit les yeux. Mais pas vraiment.

Quelque chose Ă©tait diffĂ©rent. La chambre semblait s’ĂȘtre dissoute autour d’elle, avalĂ©e par une obscuritĂ© vibrante. Elle flottait. Son corps ne touchait rien, mais elle n’était pas en train de tomber. Elle dĂ©rivait. Suspendue dans un vide dense, presque liquide.

Devant elle, une lumiÚre terne dévoila un objet.

Une clepsydre.

Énorme. Suspendue dans l’air, comme sculptĂ©e dans du verre noirci.

Son verre n’Ă©tait pas transparent : il pulsait doucement, au rythme d’un battement. Comme un cƓur endormi.

À l’intĂ©rieur, le sable — noir, huileux — s’écoulait lentement, chaque grain tombant avec un tic sourd, suivi d’un souffle
 comme une expiration humaine.

Puis un autre.

Et un autre.

« Elle n’est pas prĂȘte  »

La voix flotta tout prĂšs de son oreille, froide, sifflante.

« Tu n’aurais pas dû  »

Maya chercha à bouger. Ses jambes étaient raides. Ses bras, comme engourdis.

« Il est trop tard  »

Les gouttes de sable tombĂšrent plus vite. Les souffles devinrent des murmures.

Les murmures, des voix.

Et les voix
 des cris.

« Il est trop tard ! »

« Elle approche ! »

« Maya, tu as ouvert la voie ! »

Le sablier vibrait, de plus en plus fort.

Le sable noir se mit à déborder.

Il sortait du verre. Tombait en pluie Ă©paisse, gluante, comme s’il coulait hors du temps.

Elle baissa les yeux : ses pieds étaient recouverts.

Le sable remontait, s’infiltrant jusqu’à ses genoux. Il Ă©tait froid, mais il vivait, serpentait contre sa peau comme s’il cherchait Ă  entrer.

Elle voulut fuir. Courir.

Mais le vide la retint. Chaque mouvement semblait ralentir, comme dans une eau trop lourde.

Et lĂ , dans le verre du sablier, un reflet apparut.

Un visage.

Elias.

Ses yeux étaient blancs. Sa peau, cendrée. Il ne parlait pas, mais ses lÚvres bougeaient.

« Elle approche. »

Maya hurla.

Mais aucun son ne sortit.

Elle sentit le sable toucher sa gorge. Il s’insinuait partout. Il voulait quelque chose.

Un battement.

Puis un autre.

Ce n’était plus la clepsydre.

C’était la maison.

Elle battait, elle aussi.

Et juste avant que tout ne disparaisse, elle vit, tout en haut, au sommet du sablier


Une silhouette. Immense. Floue.

Et deux yeux. Blancs. Fixés sur elle.


Elle se redressa d’un coup dans son lit.

Son souffle court. Son dos trempé de sueur.

Le silence, total.

Mais elle savait.

Ce n’était pas qu’un rĂȘve.

Elle tourna la tĂȘte. La clepsydre sur l’étagĂšre vibrait doucement. Son sable
 noirci. TrĂšs lĂ©gĂšrement. Mais c’était rĂ©el.

Et sur l’oreiller : une plume noire.

Fine. LĂ©gĂšrement courbĂ©e. Elle semblait absorber la lumiĂšre autour d’elle.

Elle baissa les yeux.

Dans sa main, elle serrait la clé. Fort.

« Elle approche. »

Cette fois, Maya n’essaya pas de se rendormir.

Elle resta assise longtemps, fixant la clepsydre, guettant les ombres sur les murs.

Quelque chose s’était rĂ©veillĂ©.

Et elle avait l’impression que, dĂ©sormais, chaque nuit


Elle allait devoir se battre pour ne pas sombrer.

Et toi, qu’en penses-tu ?

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