đŸ•Żïž CHAPITRE 9 — La vision d’Elias

9 octobre 2025

Jour 5 – 5 octobre (matin) — Il y a des choses qu’on voit mieux les yeux fermĂ©s.

Le matin Ă©tait pĂąle. L’automne avait peint les vitres de buĂ©e.

Dans la cuisine, l’odeur du pain grillĂ© flottait, douce mais lointaine.

Maya n’avait pas faim.

Elle avait dormi par morceaux. Des lambeaux de sommeil, sans repos.

Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait le sablier noir. Le sable. Les voix. Et
 Elias.

Il l’avait regardĂ©e. Il avait parlĂ©. Mais dans le rĂȘve, il n’était plus vraiment lui.

— Tu veux du jus ? demanda leur mùre, sortant une brique du frigo.

Maya sursauta.

— Euh
 ouais. Merci.

Elle s’assit Ă  table, encore engourdie. Elias Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ , les jambes qui se balançaient sous sa chaise, une tartine pleine de confiture Ă  la main.

— Bien dormi ? demanda leur pĂšre en versant du cafĂ© dans une grande tasse Ă©brĂ©chĂ©e.

Elle haussa les épaules.

Mais Elias, la bouche pleine, lança joyeusement :

— J’ai rĂȘvĂ© d’elle !

Maya tourna la tĂȘte vers lui, figĂ©e.

— De qui ?

— La dame aux yeux blancs.

Le beurre dans sa bouche n’adoucissait pas ses mots.

Un froid glacial traversa Maya.

— Elle t’a dit quelque chose ? chuchota-t-elle.

Il hocha la tĂȘte.

— Elle a dit
 “Elle n’est pas encore prĂȘte.” Et puis elle a criĂ©. TrĂšs fort. Mais pas sur moi.

Leur mĂšre soupira.

— Encore ces histoires, Elias. Je t’ai dit de ne pas trop Ă©couter ta grand-mĂšre.

— Mais j’ai pas rĂȘvĂ© de grand-mĂšre. C’était pas elle. C’était
 je sais pas. Quelqu’un d’autre. Flou. Grand. Et elle marchait dans un couloir sans murs.

Leur pùre fronça les sourcils. Il posa sa tasse, s’approcha doucement.

— Tu te souviens d’autre chose ? demanda-t-il, sĂ©rieux.

Elias fit un dessin dans l’air avec ses doigts.

— Il y avait plein de portes. Mais aucune ne voulait s’ouvrir. Et
 y avait une ombre. En haut, trùs haut. Qui regardait. Mais sans yeux.

Le silence s’installa. Le bruit de la cafetiùre couvrait à peine les battements de cƓur de Maya.

Leur mùre brisa l’instant.

— C’est fini, ces histoires. Pas un mot de sablier, de porte ou de cauchemar.

On vit dans une maison normale, avec une vie normale. Et on va en classe. Point final.

Et elle quitta la piĂšce, le pas sec.

Maya échangea un regard avec leur pÚre. Il semblait
 inquiet. Mais pas surpris.

Puis, du couloir, une voix.

— Tu sais qu’il rĂȘve dĂ©jĂ  comme eux.

Leur grand-mĂšre.

Elle entra lentement, comme si elle n’était jamais partie.

Ses cheveux argentés attachés en chignon, son long gilet traßnant presque au sol.

— Bonjour, dit-elle simplement. Comme si elle revenait d’une promenade dans le jardin.

Leur pĂšre la fixa.

— Tu Ă©tais oĂč, hier ?

— À ma place, rĂ©pondit-elle. LĂ  oĂč on m’attend.

Maya sentit que ça se passait entre adultes. Mais elle resta.

— Il faut lui dire, ajouta leur grand-mùre. Tu ne peux pas la laisser avancer dans l’ombre. Elle doit choisir. Maintenant.

— Pas ce matin. Pas devant eux.

— C’est justement le matin qu’on voit les choses en face.

Elias continuait de mùcher, comme si tout ça était un film dont il connaissait déjà la fin.

Leur grand-mùre s’agenouilla prùs de Maya.

— Tu as rĂȘvĂ©, toi aussi, n’est-ce pas ?

Maya hocha la tĂȘte.

— Le sablier. Le sable
 Il me parlait. Et Elias
 il Ă©tait lĂ . Mais diffĂ©rent.

Elle ne sembla pas surprise.

— La clepsydre a commencĂ© Ă  tourner. Ce qui a Ă©tĂ© scellé  se rĂ©veille.

Leur pĂšre toussota. Elle se releva.

— Je veux qu’elle ait le choix.

Il ne répondit pas. Il fixa juste Maya, longuement.

Puis il prit sa tasse de café, et quitta la piÚce.

Leur grand-mĂšre posa sa main sur l’épaule de Maya.

— Il faut te prĂ©parer.

Puis elle s’éloigna Ă  son tour.

Maya regarda Elias, qui fixait le vide avec son air rĂȘveur.

Elle se sentait cernĂ©e. Comme si tout le monde savait quelque chose qu’elle ignorait encore.

Et au fond d’elle, une certitude :

Elle n’était pas la seule Ă  rĂȘver.

Mais elle Ă©tait peut-ĂȘtre la seule Ă  devoir affronter ce qui se cache derriĂšre les rĂȘves.

Et toi, qu’en penses-tu ?

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