đŸ•Żïž CHAPITRE 7 — Ce qui reste ouvert

7 octobre 2025

Jour 4 – 4 octobre (soir) — Il y a des portes qu’on referme trop tard.

La journĂ©e s’était Ă©coulĂ©e comme un long rĂȘve flou.

Le genre oĂč on n’arrive pas Ă  savoir si on a vraiment vĂ©cu quelque chose
 ou si c’était juste un cauchemar qui colle Ă  la peau.

Maya était allée au collÚge. Elle avait souri à ses copines, répondu aux profs, mangé à la cantine, rentré ses affaires dans son sac. Mais tout ça lui paraissait trÚs, trÚs loin.

Tout ce Ă  quoi elle pensait, c’était cette porte.

La trappe. Les griffures sur le mur.

Et surtout, la phrase de sa grand-mĂšre : “Tu n’es pas prĂȘte Ă  entrer.”

Le matin mĂȘme, alors qu’elle enfilait ses chaussures dans l’entrĂ©e, Elias avait couru vers elle, agitant une feuille.

— Regarde ce que j’ai fait !

— Je suis pressĂ©e, Elias. Tu me le montreras ce soir, OK ?

Elle ne s’était mĂȘme pas arrĂȘtĂ©e. Mais ce soir-lĂ , en rentrant, elle regretta.

Dans le salon, Elias était assis en tailleur sur le tapis, crayon à la main, entouré de feuilles éparpillées.

Son pĂšre, dĂ©jĂ  installĂ© dans le fauteuil, bricolait silencieusement une lampe cassĂ©e avec un tournevis, un vieux manuel posĂ© sur l’accoudoir.

Maya s’approcha. Elias leva la tĂȘte, tout content.

— Tu veux voir mes dessins maintenant ? T’avais dit ce soir !

Il lui tendit deux feuilles. Maya s’assit prĂšs de lui, curieuse malgrĂ© elle.

Sur la premiĂšre : un cercle Ă©trange, dessinĂ© au feutre noir. À l’intĂ©rieur, une forme en sablier — ou une clepsydre — entourĂ©e de petits symboles. Certains ressemblaient Ă  des lettres, d’autres Ă  des chiffres, mais aucun ne formait un vrai mot.

— Tu l’as inventĂ© ?

— Je crois que je l’ai vu dans ma tĂȘte ce matin. Avant de me rĂ©veiller.

Maya frissonna.

La deuxiÚme feuille représentait une porte de pierre, massive, enchaßnée. DerriÚre, une silhouette floue, grise, avec deux yeux blancs qui semblaient flotter sans visage.

— C’est quoi ?

— Je sais pas trop. C’est venu tout seul. J’ai pas rĂ©flĂ©chi. La maĂźtresse a dit que c’était â€œĂ©trange mais expressif”.

— Et t’as pas vu ça quelque part ? Dans un film ? Un jeu ?

Elias secoua la tĂȘte, trĂšs sĂ©rieusement.

Maya voulait continuer Ă  poser des questions, mais sa mĂšre entra dans la piĂšce, essuyant ses mains sur un torchon.

— Elias, lave-toi les mains. Et toi, Maya, qu’est-ce qu’elle te voulait, ta grand-mĂšre, ce matin ? Elle est venue te parler pendant que je prĂ©parais le cafĂ©. Et tu sais ou elle est passĂ©. Je l’ai pas revue depuis.

— je ne sasis pas ou elle est, elle m’a rien dit elle m’a juste montrĂ© un coin du couloir. Une trappe. FermĂ©e, dans le mur. Elle dit qu’il y a une piĂšce cachĂ©e
 une piĂšce qu’on a murĂ©e.

Sa mĂšre s’arrĂȘta net. Le torchon lui glissa des mains et tomba au sol.

— Tu plaisantes ?

— Non. Il y avait des marques sur le mur. Comme des griffures. Et la clé  Elle


— Maya. S’il y avait une piùce secrùte dans cette maison, je le saurais. Je vis ici depuis toujours. C’est pas un vieux chñteau plein de fantîmes ! Et ta grand-mùre ferait mieux de garder ses histoires pour elle.

— Mais c’est pas une histoire ! Je l’ai vue, la trappe !

— Je te prĂ©viens, Maya. Je ne laisserai pas ta grand-mĂšre te remplir la tĂȘte avec ses dĂ©lires. Elle a toujours eu ce don pour manipuler les silences et faire croire que tout est mystique. Mais on vit dans le monde rĂ©el. Point.

Et sur ces mots, sa mùre quitta la piùce, d’un pas sec et rapide.

Son pùre reposa calmement son tournevis sur l’accoudoir.

— Tu sais comment est ta grand-mùre. Elle croit à ce qu’elle dit, vraiment.

— Et maman, elle croit que c’est que des bĂȘtises.

— Oui. Et moi, je pense que
 tu dois faire ton propre chemin là-dedans. Mais fais-le avec prudence.

Maya hocha la tĂȘte, sans rĂ©pondre.

Elle avait mal au ventre. Pas Ă  cause de la discussion. Pas uniquement. Mais Ă  cause de ce qu’elle sentait. Quelque chose lĂ -dessous, qui attendait qu’on l’écoute. Ou qu’on l’oublie.

Et sa grand-mùre
 plus un mot, plus une trace. Comme si elle attendait qu’elle comprenne seule.

Plus tard, dans sa chambre, elle resta longtemps assise au bord du lit.

Elle prit la clé. Elle la serra dans sa main.

Elle ne savait mĂȘme pas pourquoi. Peut-ĂȘtre pour se rassurer. Peut-ĂȘtre parce que c’était rĂ©el, au moins. Un objet qui prouvait que tout ça n’était pas dans sa tĂȘte.

Elle la glissa sous l’oreiller
 puis la reprit aussitît.

Elle ne voulait pas dormir. Pas tant qu’elle la sentait vibrer.

Mais ses paupiÚres finirent par céder.

Quand elle se réveilla, la chambre était silencieuse. Trop.

Et la clepsydre
 retournée. Elle coulait lentement, goutte aprÚs goutte.

Une ombre, fine et droite, glissa sur le mur.

Et une voix, glacĂ©e, chuchota dans l’obscuritĂ© :

— Maya


Et toi, qu’en penses-tu ?

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