đŸ•Żïž CHAPITRE 2 — Les premiers maux

2 octobre 2025

Jour 2 – 2 octobre — Tout a commencĂ© par un cauchemar.

Maya se réveilla en sursaut, haletante, la bouche sÚche. La sueur glacée collait son t-shirt à sa peau. .

Un rĂȘve. Étrange. Troublant. Elle n’avait jamais rĂȘvĂ© de ça avant.

Un escalier de pierre, en colimaçon, sans fin, s’enfonçant dans les entrailles d’une obscuritĂ© mouvante. Et ces voix… rauques, gutturales, qui murmuraient dans une langue inconnue, mais que son corps semblait reconnaĂźtre. Elle ne comprenait pas les mots, mais elle savait qu’ils lui Ă©taient adressĂ©s.

Une odeur de cendre humide. Et cette peur. Intense, viscĂ©rale, sans cause. Elle se souvenait d’avoir descendu marche aprĂšs marche
 puis plus rien. Juste le vide

Elle se redressa lentement, frottant ses bras pour chasser la chair de poule. La pendule digitale affichait 4h44. L’heure des coĂŻncidences. L’heure oĂč la maison paraĂźt diffĂ©rente. L’heure oĂč le monde dort… sauf elle.

La vieille maison grinçait doucement. Un courant d’air glissa sous la porte. Elle enfila un sweat trop large, celui avec la capuche trouĂ©e, et descendit les escaliers en silence, Ă©vitant les marches qui couinaient.

Dans la cuisine, la lumiÚre était déjà allumée. Elias était là, assis à table, en pyjama, un crayon noir à la main. Il dessinait. Concentré. Trop concentré pour un enfant de huit ans à une heure pareille.

— Tu dors pas ? murmura-t-elle.

Il ne rĂ©pondit pas. Ses sourcils froncĂ©s, sa petite langue coincĂ©e entre ses dents, il semblait absorbĂ©. Maya s’approcha, posant les yeux sur la feuille.

Des cercles. Des yeux. Un triangle inversé, encadré par un cercle brisé. Une figure familiÚre. Inconfortablement familiÚre.

— Tu l’as vu oĂč, ce truc ? demanda-t-elle, la gorge encore nouĂ©e.

Elias haussa les épaules.

— Je l’ai pas vu. Il est venu tout seul. C’est comme s’il voulait sortir.

Maya s’assit en face de lui, le fixant.

— Tu veux dire
 comme un souvenir ?

Il releva la tĂȘte. Ses yeux Ă©taient Ă©trangement sombres, comme s’ils avaient absorbĂ© un peu trop de nuit.

— Je crois que c’est un avertissement, murmura-t-il. Ou un rappel.

Elle fronça les sourcils. Elle aurait voulu rire, balayer tout ça d’un revers de main. Mais ce matin-là, le rire n’avait pas envie de sortir.

— Tu as rĂȘvĂ© de quoi, toi ?

— D’une porte, rĂ©pondit-il sans hĂ©siter. Une grande. En bois noir, avec des chaĂźnes autour. Y’avait quelqu’un derriĂšre. Ou quelque chose.

Il baissa la voix.

— Ça attendait.

Maya se figea. Une vague de froid remonta le long de sa nuque, jusqu’au cuir chevelu

— Tu te moques de moi ?

Il secoua la tĂȘte.

— Je te jure. Et dans mon rĂȘve, tu tenais une clepsydre.

Maya se leva brusquement, la chaise grinçant sur le carrelage. Elle serra les bras autour de son corps.

Elias leva les yeux vers elle, plus sérieux que jamais.

— Tu l’as retournĂ©e, hein ?

Maya se retourna brusquement. Elle plia la feuille, la rangea dans la poche de son sweat

— Ne le dis pas à maman. D’accord ?

Elias hocha la tĂȘte.

Il la fixait. Sérieusement. Trop sérieusement pour un enfant.

— La clepsydre. Tu l’as retournĂ©e. C’est pour ça que ça commence.

Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot n’en sortit.

Et puis, sans prĂ©venir, Elias cligna des yeux. Son regard redevint doux, normal. Il bailla, posa son crayon, comme s’il sortait d’un long rĂȘve.

— Maya ? Il est quelle heure ?

Elle le regarda, figée.

— Trop tît. Va te recoucher, d’accord ?

Elias hocha la tĂȘte sans discuter, frottant ses yeux d’un geste enfantin. Il quitta la cuisine en traĂźnant les pieds.

Maya resta seule, la feuille serre dans sa mains.

Et dans le silence, elle crut entendre, encore une fois :

le sable tomber. Lentement.

Et toi, qu’en penses-tu ?

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