đŻïž CHAPITRE 2 â Les premiers maux
Jour 2 â 2 octobre â Tout a commencĂ© par un cauchemar.
Maya se réveilla en sursaut, haletante, la bouche sÚche. La sueur glacée collait son t-shirt à sa peau. .
Un rĂȘve. Ătrange. Troublant. Elle nâavait jamais rĂȘvĂ© de ça avant.
Un escalier de pierre, en colimaçon, sans fin, sâenfonçant dans les entrailles dâune obscuritĂ© mouvante. Et ces voix… rauques, gutturales, qui murmuraient dans une langue inconnue, mais que son corps semblait reconnaĂźtre. Elle ne comprenait pas les mots, mais elle savait quâils lui Ă©taient adressĂ©s.
Une odeur de cendre humide. Et cette peur. Intense, viscĂ©rale, sans cause. Elle se souvenait dâavoir descendu marche aprĂšs marche⊠puis plus rien. Juste le vide
Elle se redressa lentement, frottant ses bras pour chasser la chair de poule. La pendule digitale affichait 4h44. Lâheure des coĂŻncidences. Lâheure oĂč la maison paraĂźt diffĂ©rente. Lâheure oĂč le monde dort… sauf elle.
La vieille maison grinçait doucement. Un courant dâair glissa sous la porte. Elle enfila un sweat trop large, celui avec la capuche trouĂ©e, et descendit les escaliers en silence, Ă©vitant les marches qui couinaient.
Dans la cuisine, la lumiÚre était déjà allumée. Elias était là , assis à table, en pyjama, un crayon noir à la main. Il dessinait. Concentré. Trop concentré pour un enfant de huit ans à une heure pareille.
â Tu dors pas ? murmura-t-elle.
Il ne rĂ©pondit pas. Ses sourcils froncĂ©s, sa petite langue coincĂ©e entre ses dents, il semblait absorbĂ©. Maya sâapprocha, posant les yeux sur la feuille.
Des cercles. Des yeux. Un triangle inversé, encadré par un cercle brisé. Une figure familiÚre. Inconfortablement familiÚre.
â Tu lâas vu oĂč, ce truc ? demanda-t-elle, la gorge encore nouĂ©e.
Elias haussa les épaules.
â Je lâai pas vu. Il est venu tout seul. Câest comme sâil voulait sortir.
Maya sâassit en face de lui, le fixant.
â Tu veux dire⊠comme un souvenir ?
Il releva la tĂȘte. Ses yeux Ă©taient Ă©trangement sombres, comme sâils avaient absorbĂ© un peu trop de nuit.
â Je crois que câest un avertissement, murmura-t-il. Ou un rappel.
Elle fronça les sourcils. Elle aurait voulu rire, balayer tout ça dâun revers de main. Mais ce matin-lĂ , le rire nâavait pas envie de sortir.
â Tu as rĂȘvĂ© de quoi, toi ?
â Dâune porte, rĂ©pondit-il sans hĂ©siter. Une grande. En bois noir, avec des chaĂźnes autour. Yâavait quelquâun derriĂšre. Ou quelque chose.
Il baissa la voix.
â Ăa attendait.
Maya se figea. Une vague de froid remonta le long de sa nuque, jusquâau cuir chevelu
â Tu te moques de moi ?
Il secoua la tĂȘte.
â Je te jure. Et dans mon rĂȘve, tu tenais une clepsydre.
Maya se leva brusquement, la chaise grinçant sur le carrelage. Elle serra les bras autour de son corps.
Elias leva les yeux vers elle, plus sérieux que jamais.
â Tu lâas retournĂ©e, hein ?
Maya se retourna brusquement. Elle plia la feuille, la rangea dans la poche de son sweat
â Ne le dis pas Ă maman. Dâaccord ?
Elias hocha la tĂȘte.
Il la fixait. Sérieusement. Trop sérieusement pour un enfant.
â La clepsydre. Tu lâas retournĂ©e. Câest pour ça que ça commence.
Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot nâen sortit.
Et puis, sans prĂ©venir, Elias cligna des yeux. Son regard redevint doux, normal. Il bailla, posa son crayon, comme sâil sortait dâun long rĂȘve.
â Maya ? Il est quelle heure ?
Elle le regarda, figée.
â Trop tĂŽt. Va te recoucher, dâaccord ?
Elias hocha la tĂȘte sans discuter, frottant ses yeux dâun geste enfantin. Il quitta la cuisine en traĂźnant les pieds.
Maya resta seule, la feuille serre dans sa mains.
Et dans le silence, elle crut entendre, encore une fois :
le sable tomber. Lentement.
Et toi, quâen penses-tu ?