đŸ•Żïž CHAPITRE 1 — La Clepsydre Noire

1 octobre 2025

Jour 1 – 1er octobre — L’automne est lĂ . Et elle aussi, peut-ĂȘtre. Le vent avait changĂ©.

Maya le sentait sans vraiment pouvoir l’expliquer.

Ce n’était pas juste l’automne qui s’installait : ce vent-lĂ  portait autre chose. Quelque chose de plus ancien. De plus lourd.

Les feuilles mortes s’écrasaient contre les vitres de la maison familiale, une vieille bĂątisse en pierre posĂ©e Ă  la lisiĂšre du village de Noxbury.

Un village figĂ© entre forĂȘt et brume, oĂč l’air semblait ne jamais complĂštement sĂ©cher.

Ce samedi matin, leur mĂšre avait demandĂ© Ă  Maya d’aller chercher les dĂ©corations d’Halloween Ă  la cave.

Comme chaque année.

Sauf que cette année, tout paraissait plus
 silencieux.

Elle ouvrit la trappe qui grinça dans un soupir. Une vague de froid humide lui remonta le long de la colonne.

Pas un courant d’air.

Un froid posé là, comme une main invisible.

Elle tira sur la corde de l’ampoule suspendue. La lumiĂšre jaunit et vacillante Ă©claira un amas d’objets abandonnĂ©s.

Des cartons, des meubles bancals, une ancienne commode recouverte d’un grand drap gris.

Et lĂ , sur l’étagĂšre de droite, un carton en lettres majuscules :

HALLOWEEN.

Maya le repĂ©ra immĂ©diatement. Elle se mis sur la pointe des pied pour l’attraper, mais le carton Ă©tait plus lourd qu’elle ne l’avait imaginĂ©.

En le tirant vers elle, elle accrocha le drap qui couvrait la vieille commode.

Le tissu glissa d’un coup sec.

Elle se figea.

Sur la surface de bois, au centre exact, reposait un objet étrange, noir et imposant.

Un cylindre en pierre lisse, haute d’environ quarante centimĂštres, dĂ©corĂ© de gravures irrĂ©guliĂšres.

En son cƓur, une bulle de verre contenait une matiĂšre sombre, brillante, presque mĂ©tallique
 mais figĂ©e.

Ce n’était pas un sablier.

Et pourtant, Maya sut sans comprendre comment que c’était un instrument de mesure du temps.

Un mot lui traversa l’esprit, surgissant de nulle part.

— Clepsydre.

Elle ne savait mĂȘme pas ce que ça voulait dire.

Et pourtant, ce mot sonnait juste. Ancien. Solennel.

Au sommet de l’objet, un symbole Ă©tait gravĂ© : un triangle inversĂ© cerclĂ© d’un anneau brisĂ©.

Il vibrait, presque imperceptiblement.

Maya sentit une chaleur sourde dans sa main.

Comme si sa paume reconnaissait la pierre sans jamais l’avoir touchĂ©e.

Elle tendit les doigts.

Quand sa peau effleura la clepsydre, une pulsation la traversa.

Pas électrique.

Organique. Comme un cƓur qui bat
 mais pas le sien.

Elle aurait pu reculer. Elle ne le fit pas.

D’un geste lent, presque hypnotique, elle retourna l’objet.

Le sable — ou ce qui y ressemblait — commença à couler. Lentement.

Un son lourd, comme si chaque grain tombait dans une cavité profonde et sans fond.

L’ampoule au plafond vacilla.

Le froid se referma un instant sur ses épaules, puis se dissipa.

Au-dessus d’elle, la voix d’Elias rĂ©sonna :

— Maya ! Tu fais quoi ? Maman dit de pas rester longtemps dans le noir !

Elle rĂ©pondit d’un “J’arrive !”, les yeux toujours rivĂ©s sur la clepsydre.

Puis elle s’éloigna Ă  reculons, attrapant enfin le carton de dĂ©corations.

Mais dans la cave, derriùre elle, l’air vibra doucement.

Comme si quelque chose venait de s’éveiller.

Et une voix presque inaudible, Ă  la limite du souffle, chuchota :

— L’ascension a commencĂ©.

Et toi, qu’en penses-tu ?

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