đŸ•Żïž CHAPITRE 3 — Moira

3 octobre 2025

Jour 3 – 3 octobre — Elle est revenue.

La journĂ©e avait Ă©tĂ© longue. Étrangement longue. Maya n’arrivait pas Ă  se concentrer. Ni en classe. Ni Ă  la maison. Il y avait comme un Ă©cho dans sa tĂȘte. Celui d’un sable qui tombe, lentement.

Depuis la nuit passĂ©e, tout lui semblait un peu… dĂ©calĂ©. Les couleurs plus ternes. Les sons plus forts. Et surtout, Elias. Il ne se rappelait de rien. Ni du dessin. Ni du symbole. Ni de leurs Ă©changes. Comme s’il s’était rĂ©veillĂ© dans un autre jour.

Elle avait voulu lui montrer la feuille — il avait haussĂ© les Ă©paules, affirmĂ© qu’il n’avait jamais vu ce dessin. Il Ă©tait reparti jouer avec ses Lego, comme si rien ne s’était passĂ©.

Alors elle s’était installĂ©e dans le salon, le manuel d’histoire grand ouvert, mais le regard dans le vide. Elle avait l’impression que la maison respirait autrement. Que les murs retenaient leur souffle.

Et c’est à ce moment-là qu’elle entendit les freins crisser devant la maison.

Elle se leva lentement et s’approcha de la fenĂȘtre. Une voiture noire, ancienne, Ă  la carrosserie mate, s’arrĂȘta dans l’allĂ©e dans un nuage de feuilles mortes. Une silhouette en descendit, raide, enveloppĂ©e d’un long manteau noir.

Moira.

Sa grand-mĂšre.

Elle tirait une valise rigide, couleur bordeaux fané, avec une poignée en cuir rùpé et des autocollants effacés par le temps. Une valise lourde de souvenirs. Ou de secrets.

Moira marchait droit, sans hĂąte, comme si chaque pas avait Ă©tĂ© prĂ©vu Ă  l’avance.

Elias, alertĂ© par le bruit, surgit dans le couloir. Il ouvrit la porte
 et s’immobilisa.

Elle entra comme si elle avait toujours vĂ©cu ici. Comme si elle n’était jamais partie. L’air mĂȘme sembla se tasser autour d’elle.

Moira Ă©tait
 changĂ©e. Plus fine, plus tendue. Sa silhouette haute drapĂ©e dans des couches de lainage sombre, son visage blĂȘme soulignĂ© par un chignon serrĂ© et tordu en haut de sa nuque. Deux longues mĂšches blanches tombaient en boucles fines sur ses tempes, comme des griffes figĂ©es. Son regard gris Ă©tait acĂ©rĂ©, fixe, presque dĂ©rangeant.

Son odeur, aussi, était particuliÚre. Un mélange de thym, de poussiÚre ancienne, de cire chaude
 et autre chose. Quelque chose de métallique. Comme du fer trempé.

— Bonjour Maya, dit-elle avec une voix aussi lisse qu’un rasoir.

Maya resta figée.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

Moira ne rĂ©pondit pas tout de suite. Elle la regarda longuement, comme si elle cherchait Ă  voir au travers d’elle. Puis elle fouilla dans son sac. Lentement. PrĂ©cisĂ©ment. Et en sortit une clĂ©.

Noire. Lourde. En fer brut, forgée à la main, avec des symboles minuscules gravés sur la tige. Le métal semblait vibrer.

Elle la tendit Ă  Maya.

— Il est temps, murmura-t-elle.

Maya hésita. Puis elle tendit la main.

DÚs que la clé effleura sa paume, elle sentit une décharge glacée. Pas une douleur. Une sensation étrange. Comme si la clé chuchotait quelque chose. Un mot oublié. Un souvenir enfoui.

Ses doigts se refermĂšrent d’eux-mĂȘmes.

Son souffle s’accĂ©lĂ©ra. Autour d’elle, le salon semblait soudain plus sombre, plus Ă©troit. Elle cligna des yeux. La clĂ© ne brillait pas. Mais elle pesait. Comme si elle contenait une attente.

— Temps de quoi ? demanda-t-elle, la voix un peu tremblante.

— D’ouvrir ce qui dort.

Moira posa ensuite sa main sur la tĂȘte d’Elias. Il cligna des yeux, comme tirĂ© d’un rĂȘve.

— Mamie ? t’étais pas censĂ©e venir Ă  NoĂ«l
?

Mais elle ne répondit pas. Elle prit sa valise, traversa le couloir comme si chaque meuble lui appartenait encore, et monta les escaliers sans un mot.

Maya resta seule, la clé dans la main.

Elias se frottait les yeux.

— J’me souviens plus du rĂȘve
 mais elle
 elle Ă©tait dedans. J’suis sĂ»r.

Et Maya, silencieuse, serra un peu plus fort la clĂ©, comme si elle pouvait l’empĂȘcher d’ouvrir ce qu’elle n’était pas encore prĂȘte Ă  voir.

Et toi, qu’en penses-tu ?

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