đŻïž CHAPITRE 7 â Ce qui reste ouvert
Jour 4 â 4 octobre (soir) â Il y a des portes quâon referme trop tard.
La journĂ©e sâĂ©tait Ă©coulĂ©e comme un long rĂȘve flou.
Le genre oĂč on nâarrive pas Ă savoir si on a vraiment vĂ©cu quelque chose⊠ou si câĂ©tait juste un cauchemar qui colle Ă la peau.
Maya était allée au collÚge. Elle avait souri à ses copines, répondu aux profs, mangé à la cantine, rentré ses affaires dans son sac. Mais tout ça lui paraissait trÚs, trÚs loin.
Tout ce Ă quoi elle pensait, câĂ©tait cette porte.
La trappe. Les griffures sur le mur.
Et surtout, la phrase de sa grand-mĂšre : âTu nâes pas prĂȘte Ă entrer.â
Le matin mĂȘme, alors quâelle enfilait ses chaussures dans lâentrĂ©e, Elias avait couru vers elle, agitant une feuille.
â Regarde ce que jâai fait !
â Je suis pressĂ©e, Elias. Tu me le montreras ce soir, OK ?
Elle ne sâĂ©tait mĂȘme pas arrĂȘtĂ©e. Mais ce soir-lĂ , en rentrant, elle regretta.
Dans le salon, Elias était assis en tailleur sur le tapis, crayon à la main, entouré de feuilles éparpillées.
Son pĂšre, dĂ©jĂ installĂ© dans le fauteuil, bricolait silencieusement une lampe cassĂ©e avec un tournevis, un vieux manuel posĂ© sur l’accoudoir.
Maya sâapprocha. Elias leva la tĂȘte, tout content.
â Tu veux voir mes dessins maintenant ? Tâavais dit ce soir !
Il lui tendit deux feuilles. Maya sâassit prĂšs de lui, curieuse malgrĂ© elle.
Sur la premiĂšre : un cercle Ă©trange, dessinĂ© au feutre noir. Ă lâintĂ©rieur, une forme en sablier â ou une clepsydre â entourĂ©e de petits symboles. Certains ressemblaient Ă des lettres, dâautres Ă des chiffres, mais aucun ne formait un vrai mot.
â Tu lâas inventĂ© ?
â Je crois que je lâai vu dans ma tĂȘte ce matin. Avant de me rĂ©veiller.
Maya frissonna.
La deuxiÚme feuille représentait une porte de pierre, massive, enchaßnée. DerriÚre, une silhouette floue, grise, avec deux yeux blancs qui semblaient flotter sans visage.
â Câest quoi ?
â Je sais pas trop. Câest venu tout seul. Jâai pas rĂ©flĂ©chi. La maĂźtresse a dit que câĂ©tait âĂ©trange mais expressifâ.
â Et tâas pas vu ça quelque part ? Dans un film ? Un jeu ?
Elias secoua la tĂȘte, trĂšs sĂ©rieusement.
Maya voulait continuer Ă poser des questions, mais sa mĂšre entra dans la piĂšce, essuyant ses mains sur un torchon.
â Elias, lave-toi les mains. Et toi, Maya, quâest-ce quâelle te voulait, ta grand-mĂšre, ce matin ? Elle est venue te parler pendant que je prĂ©parais le cafĂ©. Et tu sais ou elle est passĂ©. Je lâai pas revue depuis.
â je ne sasis pas ou elle est, elle mâa rien dit elle mâa juste montrĂ© un coin du couloir. Une trappe. FermĂ©e, dans le mur. Elle dit quâil y a une piĂšce cachĂ©e⊠une piĂšce quâon a murĂ©e.
Sa mĂšre sâarrĂȘta net. Le torchon lui glissa des mains et tomba au sol.
â Tu plaisantes ?
â Non. Il y avait des marques sur le mur. Comme des griffures. Et la clé⊠ElleâŠ
â Maya. Sâil y avait une piĂšce secrĂšte dans cette maison, je le saurais. Je vis ici depuis toujours. Câest pas un vieux chĂąteau plein de fantĂŽmes ! Et ta grand-mĂšre ferait mieux de garder ses histoires pour elle.
â Mais câest pas une histoire ! Je lâai vue, la trappe !
â Je te prĂ©viens, Maya. Je ne laisserai pas ta grand-mĂšre te remplir la tĂȘte avec ses dĂ©lires. Elle a toujours eu ce don pour manipuler les silences et faire croire que tout est mystique. Mais on vit dans le monde rĂ©el. Point.
Et sur ces mots, sa mĂšre quitta la piĂšce, dâun pas sec et rapide.
Son pĂšre reposa calmement son tournevis sur lâaccoudoir.
â Tu sais comment est ta grand-mĂšre. Elle croit Ă ce quâelle dit, vraiment.
â Et maman, elle croit que câest que des bĂȘtises.
â Oui. Et moi, je pense que⊠tu dois faire ton propre chemin lĂ -dedans. Mais fais-le avec prudence.
Maya hocha la tĂȘte, sans rĂ©pondre.
Elle avait mal au ventre. Pas Ă cause de la discussion. Pas uniquement. Mais Ă cause de ce quâelle sentait. Quelque chose lĂ -dessous, qui attendait quâon lâĂ©coute. Ou quâon lâoublie.
Et sa grand-mĂšre⊠plus un mot, plus une trace. Comme si elle attendait quâelle comprenne seule.
Plus tard, dans sa chambre, elle resta longtemps assise au bord du lit.
Elle prit la clé. Elle la serra dans sa main.
Elle ne savait mĂȘme pas pourquoi. Peut-ĂȘtre pour se rassurer. Peut-ĂȘtre parce que câĂ©tait rĂ©el, au moins. Un objet qui prouvait que tout ça nâĂ©tait pas dans sa tĂȘte.
Elle la glissa sous lâoreiller⊠puis la reprit aussitĂŽt.
Elle ne voulait pas dormir. Pas tant quâelle la sentait vibrer.
Mais ses paupiÚres finirent par céder.
Quand elle se réveilla, la chambre était silencieuse. Trop.
Et la clepsydre⊠retournée. Elle coulait lentement, goutte aprÚs goutte.
Une ombre, fine et droite, glissa sur le mur.
Et une voix, glacĂ©e, chuchota dans lâobscuritĂ© :
â MayaâŠ
Et toi, quâen penses-tu ?