đŻïž CHAPITRE 5 â Le bruit sous le lit
Jour 3 â 3 octobre (nuit) â Quelque chose attend. Et ça bouge.
La maison dormait.
Maya aussi. Mais mal. AgitĂ©e, tournant dâun cĂŽtĂ©, puis de lâautre, sans rĂ©ussir Ă Ă©chapper Ă cette sensation : la clĂ©, cachĂ©e sous son oreiller, semblait chauffer doucement, comme une braise dissimulĂ©e dans la laine.
Elle rĂȘvait dâun escalier. Encore. Mais cette fois, ce nâĂ©tait pas un rĂȘve lointain. CâĂ©tait lĂ . Dans la maison. Elle entendait un bruit, rĂ©pĂ©titif. Un grattement. Au dĂ©but, cela se mĂȘlait Ă son rĂȘve, comme un Ă©lĂ©ment du dĂ©cor. Puis il devint plus net. Plus proche. RĂ©el.
Elle ouvrit les yeux, en sursaut.
Un silence Ă©pais, dĂ©formĂ© par les battements de son cĆur. Et sous le lit, ce bruit.
Grattement. Lent. Insistant. Comme si quelque chose rampait.
Elle sâassit dâun bond, lâoreille aux aguets. Le son sâarrĂȘta net. Elle attrapa la lampe de chevet, lâalluma. La lumiĂšre jaune fit danser les ombres familiĂšres. Rien dâĂ©trange, au premier regard.
Mais la chaleur sous lâoreiller Ă©tait toujours lĂ . Maya glissa sa main, saisit la clĂ©.
Elle était brûlante.
Et elle vibrait. Faiblement, comme un battement.
La gorge nouĂ©e, elle descendit lentement la tĂȘte pour regarder sous le lit. Le cĆur cognait dans ses tempes.
Dâun coup, quelque chose frĂŽla sa main.
Elle hurla, tomba en arriĂšre, se cogna contre la table de nuit. Les larmes lui montĂšrent aux yeux, mais elle nâosa pas crier de nouveau. Elle avait peur⊠pas dâĂȘtre vue. Mais dâĂȘtre entendue par ce qui Ă©tait lĂ -dessous.
Elle se traĂźna jusquâĂ la porte, la clĂ© toujours en main. Et alors, elle la vit.
Sur lâoreiller. Une plume noire. Pas lĂ quand elle sâĂ©tait couchĂ©e.
Elle nâĂ©tait pas comme les autres. Elle semblait absorber la lumiĂšre, et son extrĂ©mitĂ© tremblait, comme si elle respirait encore.
Maya recula. Et lĂ , dans un souffle, elle entendit :
Elle approche.
La clé vibra plus fort. La plume se figea.
Maya resta pĂ©trifiĂ©e. Et soudain, comme si tout cela nâavait jamais existĂ©, le silence revint. Un silence trop parfait.
Elle regagna lentement son lit, mais garda la clé serrée contre elle.
Et si Moira avait eu raison ?
Et si le sable nâĂ©tait pas la seule chose Ă sâĂ©couler ?
Elle resta Ă©veillĂ©e longtemps. Ăcouteuse. Tremblante.
Quand ses yeux se tournĂšrent Ă nouveau vers lâĂ©tagĂšre, elle sentit un frisson lui traverser lâĂ©chine.
La clepsydre était là .
Posée, droite, intacte.
Elle nây Ă©tait pas avant. Maya en Ă©tait sĂ»re. Elle lâavait laissĂ©e dans la cave. Elle sâen souvenait trĂšs bien. Et pourtant, elle Ă©tait lĂ . Comme si elle lâattendait.
Elle ne coulait pas. Pas encore.
Mais elle semblait⊠prĂȘte.
Et Maya comprit que ce nâĂ©tait pas elle qui lâavait remontĂ©e.
Quelque chose lâavait ramenĂ©e.
Quelque chose qui avait déjà commencé à se réveiller.
Et que cette nuit nâĂ©tait que le premier avertissement.
Et toi, quâen penses-tu ?